Le cancer colorectal, toujours un tabou ? (Questions de Femmes)
Le cancer colorectal est le deuxième cancer le plus fréquent chez la femme, après le cancer du sein.
Il représente une cause importante de mortalité. Le cancer colorectal touche surtout les gens de plus de 50 ans, un peu plus les hommes que les femmes. Mais près de 15% des patients atteints ont moins de 50 ans.

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La tumeur maligne (cancéreuse) peut se situer aussi bien dans la partie la plus longue du gros intestin (le côlon) que dans la partie courte (le rectum).

D’où la dénomination de cancer colorectal.

Un cancer au niveau de l’intestin grêle est beaucoup plus rare.

1. Côlon – 2. Rectum
– 3. Intestin grêle

Quels sont les symptômes du cancer colorectal ?

Le cancer colorectal ne présente pas de symptômes typiques et les plaintes peuvent être différentes d’une personne à l’autre.
Une petite tumeur ne sera pas ressentie : la couleur et la forme des selles restent normales.
Mais cela peut changer si la tumeur augmente de volume. Les plaintes et les symptômes peuvent toutefois être dus à d’autres maladies intestinales.

Voici les symptômes qui peuvent être dus à un cancer colorectal :

  • maux de ventre, crampes intestinales
  • présence de sang (rouge) dans les selles
  • diarrhée persistante ou constipation récente
  • besoin d’aller aux toilettes sans que ce soit nécessaire
  • amaigrissement sans raison claire
  • fatigue (à cause du manque de fer suite aux pertes de sang dans les selles)

Si ces plaintes/symptômes perdurent, un examen plus approfondi est nécessaire pour pouvoir exclure un cancer colorectal.

Comment attrape-t-on un cancer colorectal ?

Une tumeur maligne dans le gros intestin est presque toujours précédée par un polype bénin (pas cancéreux). Un polype est une tumeur bénigne qui ne métastase pas (ne se dissémine pas).

Les polypes sont considérés comme un stade précurseur de cancer. Mais avant qu’un polype n’évolue vers un cancer, il peut s’écouler entre 8 à 10 ans. En plus, tous les polypes n’évoluent pas vers une tumeur maligne : sur 100 polypes de plus de 1 centimètre, il n’y en aura que 25 qui évolueront vers un cancer de l’intestin. Plus le polype est grand, plus il a de chance d’évoluer vers un cancer.

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1. Polype

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Est-ce que le cancer colorectal est héréditaire ?

Dans la toute grande majorité des cas, le cancer colorectal n’est pas héréditaire. Chez 80% des gens, le cancer colorectal apparaît ‘par hasard’.
Chez les 20% restants il y a au départ un risque accru de cancer colorectal : environ 5% ont une forme héréditaire connue de cancer colorectal, et 10% environ proviennent d’une famille à cancer colorectal.

Comment pourrais-je attraper un cancer colorectal s’il n’y en a pas dans ma famille ?

La cause précise de cancer colorectal survenant ‘par hasard’ n’est toujours pas connue à ce jour.

L’alimentation joue certainement un rôle (voir facteurs de risque), mais on attribue un rôle encore plus important à la flore intestinale. La présence de certains microbes ou bactéries pourrait contribuer à l’évolution des polypes vers un cancer colorectal.

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Quelles sont mes chances d’attraper un cancer colorectal ?

Pour chaque individu la chance de développer un cancer colorectal est de 1 sur 20, à condition qu’il n’y ait pas de cancer colorectal dans la famille.

Le risque est 2 à 3 fois supérieur si un des parents, frères ou soeurs (liens parentaux au premier degré) ont un cancer colorectal ou si on a dû éliminer des polypes chez l’un d’entre eux/l’une d’entre elles.
Le risque est 3 à 6 supérieur si ce parent au premier degré est plus jeune que 50 ans.

Quels sont les facteurs de risque connus de cancer colorectal ?

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Facteurs qui augmentent le risque de cancer colorectal:

  • surpoids,
  • consommation excessive d’alcool,
  • consommation excessive de viande (transformée) rouge,
  • fumer

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Facteurs qui diminuent les risques de cancer colorectal:

  • exercice physique régulier,
  • alimentation riche en fibres et équilibrée

Les personnes atteintes d’une maladie de Crohn active (= inflammation chronique d’une partie de l’intestin) ont un risque un peu plus important de cancer colorectal, surtout si la maladie est en phase active depuis longtemps.

Comment traite-t-on le cancer colorectal ?

Pour chaque patient le traitement est choisi en fonction de l’endroit et de la grandeur de la tumeur, de la dissémination vers les ganglions ou vers d’autres organes, et de l’état de santé général.

L’association de différents traitements selon des schémas internationaux validés, augmente les chances de survie…

Presque chaque fois : d’abord une opération

Souvent le premier pas consiste à extraire chirurgicalement la tumeur, en même temps que le morceau d’intestin dans lequel elle se situe. Il est parfois nécessaire de laisser l’intestin se rétablir après l’intervention en créant temporairement une stomie.Une stomie consiste à créer un abouchement de l’intestin à la peau. Les matières fécales sont réceptionnées dans une poche spéciale via un orifice pratiqué dans la peau. Une stomie définitive est mis en place dans le cas où le rectum doit également être enlevé.

De la chimiothérapie pour tuer les cellules cancéreuses restantes

Dans à peu près la moitié des cas – lorsque les ganglions lymphatiques sont également atteints – une chimiothérapie complémentaire est proposée. L’inconvénient est qu’une chimiothérapie tue également des cellules saines, avec des effets secondaires possibles tels que chute des cheveux, nausées, vomissements, aphtes douloureuses, diarrhée ou constipation, fatigue, risques augmentés d’infections et d’anémie, …

Des rayons uniquement pour les tumeurs rectales

L’utilisation des rayons pour le cancer colorectal est assez limitée. Il n’y a que pour les tumeurs au niveau du rectum que l’irradiation peut être dirigée avec suffisamment de précision.

Anticorps monoclonaux si le patient y réagit

Les anticorps monoclonaux sont réservés aux patients avec cancer colorectal avancé, ceux qui ont par exemple une dissémination vers les ganglions lymphatiques ou d’autres organes. Ils sont presque toujours utilisés en association avec de la chimio, mais ils provoquent malheureusement aussi des effets secondaires. Avant de commencer avec ce type de traitement, on vérifie si le patient va réagir à cette médication. Cela se fait en recherchant certains marqueurs tumoraux. Seuls les patients qui réagiront recevront ce traitement.

Traitement des disséminations (métastases)

Lorsqu’on constate que le cancer a essaimé vers d’autres organes (dans ce cas généralement le foie, les poumons, la membrane séreuse intestinale), on peut proposer un traitement supplémentaire. Par exemple : des métastases au foie peuvent être excisées, brûlées ou gelées. Chaque traitement se passe en concertation avec le patient et sa famille. La meilleure option qui respecte la qualité de vie du patient est alors choisie.

Prévention du cancer de l’intestin par le dépistage

Même si le cancer colorectal peut se développer à un âge plus jeune, on recommande généralement de faire un dépistage dès l’âge de 50 ans. Tant en Wallonie (50-74 ans) qu’en Flandre (56-74 ans) une enquête de population est en cours pour la détection précoce du cancer colorectal.

Le test est gratuit et se pratique tous les deux ans. Si le test montre des déviations, un examen complet de l’intestin (coloscopie) est recommandé. Cela consiste à introduire via l’anus un petit tuyau muni d’une caméra dans l’intestin afin de rechercher les polypes et les zones douteuses.

Lorsque le cancer colorectal a été détecté tôt, le traitement offre plus de 90% de guérison. Les personnes qui se font dépister ont par ailleurs moitié moins de risque de mourir suite à un cancer colorectal.

Dr Luc Colemont, gastro-entérologue, co-fondateur de l’asbl Stop Darmkanker

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Avec la collaboration du Dr. Luc Colemont, gastro-entérologue, co-fondateur de l’asbl Stop Darmkanker.
Date de publication : 17-11-2016
Sources : www.stopdarmkanker.be